CE QUE MENACE UN INDIVIDU LIBRE
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Bon j'enchaine parce que je suis chaude sur le sujet des injonctions comme des évidences morales vous l'aurez remarqué.
Qu'est ce que ces phrases qui parlent de responsabilité et qui semblent défendre la stabilité et la loyauté révèlent de façon sous jacente. Je vais vous le dire en tous je vais vous donner mon avis là-dessus à savoir la difficulté d'une société à accepter qu'un individu puisse être traversé par une vérité qui ne correspond plus à la place qu'il occupe.
Et oui ... le sujet n'est donc pas seulement amoureux. Il est social, politique et philosophique.
Ce qui dérange ce n'est pas uniquement qu'une personne aime ailleurs par exemple pour rebondir sur le vivant ect de mes précédents articles. Ce qui dérange c'est qu'elle puisse reconnaître en elle une réalité plus forte que la norme qui l'encadre. À partir de ce moment elle ne se contente plus d'occuper un rôle. Elle commence à l'interroger. Or tout ordre social repose sur des rôles : conjoint, parent, enfant, salarié, citoyen, personne raisonnable, personne fiable, personne "bien". Ces rôles ne sont pas nécessairement mauvais. Ils permettent la vie commune. Ils donnent une forme aux engagements, aux responsabilités, aux liens mais parce qu'il y a un mais une forme devient problématique lorsqu'elle exige de l'individu qu'il se coupe de ce qu'il sait intérieurement pour continuer à la maintenir.
C'est là que se situe la vraie menace.
Un individu libre ne menace pas seulement une relation. Il menace la logique par laquelle une société obtient l'obéissance sans avoir besoin de la formuler comme telle car l'ordre établi ne fonctionne pas uniquement par la loi, la contrainte ou l'autorité visible. Il fonctionne aussi par l'intériorisation. En effet on apprend aux individus à se surveiller eux-mêmes. À se retenir. À se culpabiliser. À interpréter leur propre mouvement intérieur comme un danger. À croire que remettre en question une structure revient forcément à être égoïste, instable ou destructeur.
Ainsi la norme n'a plus besoin d'interdire directement. Elle parle depuis l’intérieur. Elle dit "sois raisonnable". Elle dit "ce que tu ressens n'est pas légitime s'il dérange l'ordre établi.".
Le problème apparaît lorsque la responsabilité devient le nom acceptable de l'effacement de soi.
À ce moment-là l'enjeu n'est plus moral. Il devient politique.
L'intime devient politique parce que la manière dont un individu apprend à se trahir dans sa vie privée conditionne sa manière d'habiter le monde. Quelqu'un qui a appris à se taire dans l'amour (enfin l'amour ...) se taira plus facilement ailleurs. Quelqu'un qui a appris à confondre loyauté et sacrifice acceptera plus facilement des systèmes qui exigent son adaptation permanente. Quelqu'un qui culpabilise dès qu'il se choisit reste plus facilement gouvernable. À l’inverse de quelqu'un qui cesse de se trahir.
Non parce que la personne refuse toute règle mais parce qu’elle cesse de confondre règle et vérité. Elle ne reconnaît plus automatiquement comme légitime ce qui dure, ce qui est installé, ce qui est socialement validé. Elle demande "à quoi cette structure sert-elle ? Qui protège-t-elle ? Que me demande-t-elle de sacrifier ? Est-elle encore au service du vivant ou seulement de sa propre conservation ?".
Et ... ces questions sont dangereuses pour l'ordre établi.
Elles le sont vous l'aurez donc compris parce qu'elles peuvent se déplacer d'un domaine à l'autre. Si un individu peut interroger (je vous refais la liste) son couple, sa famille, son travail alors il peut interroger son rapport à l'argent, à l'autorité, à la réussite, à la peur, à la place qu'on lui demande d’occuper.
C'est pourquoi les réactions sont souvent violentes.
Lorsqu'une personne dit qu'elle ne peut plus se mentir les autres n'entendent pas seulement une parole intime. Ils entendent une menace pour leur propre sécurité. Si ce qu'elle dit est possible alors les formes qui rassurent tout le monde ne garantissent rien de façon absolue.
Alors certains brandissent la morale mais derrière cette morale avec une peur plus profonde vous l'aurez saisi juste au dessus que la liberté de l'autre rende visible la fragilité de sa propre construction.
Dire "ce n’est pas possible" peut signifier "je ne peux pas supporter que ce soit possible".
Car si l'autre a le droit d'interroger sa place alors chacun pourrait devoir interroger la sienne. Et beaucoup de sécurités reposent précisément sur le fait que cette question ne soit jamais posée.
C'est là que l'ordre établi se défend le plus efficacement non seulement par les institutions mais par les individus eux-mêmes. Chacun devient parfois le gardien de la norme qui le limite parce que cette norme le rassure.
Il est plus confortable de croire que les formes protègent définitivement que d'admettre qu'elles doivent rester vivantes pour être légitimes.
Une société a donc besoin de structures mais aucune structure ne devrait devenir supérieure à la vérité humaine qu'elle prétend organiser. Le couple, la famille, le travail, l'institution, la tradition ne sont pas des valeurs en soi s'ils exigent que les individus s'y maintiennent au prix de leur absence à eux-mêmes.
Une structure est légitime lorsqu'elle sert la vie.
Une société véritablement adulte ne devrait pas craindre cela elle devrait pouvoir distinguer la destruction de la transformation car un lien quel qu'il soit qui exige li'nconscience n'est pas un lien vivant et un ordre qui exige le silence n'est pas un ordre juste.


