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QUESTIONNER LA FAMILLE N'EST PAS LA SALIR

  • il y a 6 heures
  • 3 min de lecture

Après mes deux précédents articles je ne pouvais pas ne pas écrire celui-ci parce que dès que l'on touche au couple, à la famille, à la parentalité, au devoir ou à la responsabilité adulte chez beaucoup quelque chose se crispe très vite. Comme si le simple fait d'interroger un modèle revenait déjà à l'attaquer. Comme si refuser le sacrifice comme modèle absolu c'était ouvrir la porte à toutes les fuites, à tous les caprices, à toutes les irresponsabilités.


En effet je sais très bien que certains pourront entendre cela ainsi !


Que c'est dangereux.

Que c'est la porte ouverte à tout.

Que plus rien ne tiendra si l'on commence à questionner ce qui jusque-là faisait structure.

Que l'on confond liberté et égoïsme.

Que l'on salit l’image du foyer.

Que l'on encourage les séparations.

Que l'on ne sait plus faire d’efforts.


Je comprends que ces peurs existent.


Je ne méprise pas cela.


Je ne méprise pas le besoin de stabilité.

Je ne méprise pas le désir de construire.

Je ne méprise pas l'engagement.

Je ne méprise pas l’envie de durer, de transmettre, de tenir quelque chose dans le temps.


Questionner la famille ce n'est pas la salir.


Je crois au contraire que la famille mérite mieux que le mensonge.


Elle mérite mieux que les rôles tenus à bout de souffle.

Mieux que les sacrifices jamais nommés.

Mieux que les silences qui deviennent des murs.

Mieux que les fidélités mortes que l'on déguise en grandeur morale.

Mieux que cette idée étrange selon laquelle aimer voudrait dire s'éteindre proprement pour que la photo reste belle.

Je ne vous refais pas tout le topo ...


Ce n'est pas salir la famille que de dire cela.


C'est peut-être essayer de la rendre à ce qu'elle devrait être : un lieu vivant pas un lieu de vie.


Comme si préserver une famille voulait dire empêcher sa forme de bouger. Comme si la continuité se mesurait au fait que rien ne change.


Une famille ne continue pas seulement parce qu'elle garde la même apparence.


Dire cela ce n'est pas être contre la famille.


C'est être contre le mensonge autour de la famille.


Les racines d'un enfant dépendent de la manière dont les adultes lui permettent d'habiter son histoire sans honte, sans mensonge, sans effacement ni guerre de loyauté.


Ce qui déracine un enfant c'est parfois qu'on lui coupe l'accès à une partie de son arbre. Qu'on lui interdise symboliquement d'aimer un côté. Qu'on efface une lignée parce que l'histoire adulte est devenue douloureuse. Qu'on transforme ses origines en champ de bataille. Qu'on lui transmette des silences comme des murs au lieu de lui transmettre une mémoire.


Un enfant peut grandir dans une famille officiellement intacte et pourtant être coupé de ses racines si l'arbre familial est rempli de secrets, de hontes, de récits interdits, de branches niées.


À l’inverse, une famille peut changer de forme sans déraciner l’enfant si elle continue à lui offrir un accès vivant, respectueux et non conflictuel à ce dont il vient.


Parce que les racines ne demandent pas que l'arbre reste figé. Elles demandent qu'on cesse de couper les branches dès qu'elles dérangent le récit officiel.


Elles demandent que l'enfant puisse appartenir à toute son histoire pas seulement à la version qui arrange les adultes.


Et c’est peut-être là que le transgénérationnel devient essentiel.


Une famille ne transmet pas seulement un nom, un patrimoine, des habitudes ou des photos. Elle transmet aussi des silences, des loyautés, des blessures non dites, des exclusions, des secrets, des douleurs que personne n'a su nommer.


Mais aussi des forces. Des gestes précieux. Des élans de protection. Des déconditionnements qui l'aideront à être plus libre.


L'héritage familial ne doit pas uniquement être un poids mais aussi une ressource et sur ce point une famille ne transmet pas toujours ce qu'elle croit transmettre.


Une racine n'est pas sacrée parce qu'elle est ancienne. Elle devient sacrée lorsqu'elle continue de nourrir la vie. Il ne s'agit donc pas de rejeter l'arbre dont on vient il s'agit de cesser de prendre toutes ses branches pour des lois.


Préserver les racines ce n'est donc pas préserver une fiction familiale intacte, ce n'est pas donner à l'enfant un arbre parfait c'est lui donner un arbre lisible.


Questionner la famille ce n’est donc pas couper les racines c'est refuser qu'elles pourrissent.


Qui sali quoi au final ... je vous laisse ça là.

© 2016 JUSTCALLMELUCIE

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