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LA STRUCTURE

  • il y a 1 jour
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 heures

Je tiens à rebondir concernant mon article précédent "JE T'ACCUSE". En effet la probabilité que vous vous interrogiez sur ce qui m'a amenée à cette réflexion et à intriquer deux sujets si distincts sur le papier est bien réelle.


Quand j’ai entamé ce parcours il y a maintenant sept ans j’ai d’abord pris, au bout de quelques mois, une telle claque que je n'ai pas réussi à avoir de réflexion vraiment construite c'était très intuitif. Ce dont j'étais sûre c'est que je souffrais, atrocement, et que je me devais de gérer cette souffrance au jour le jour pour ne pas sombrer.


Est ensuite arrivé le début du travail sur moi et l'heure des « pourquoi ». En étant née sous X le thème de l'abandon est instinctivement ressorti assez rapidement. Classique... cela faisait miroir à ce que je vivais, c'était cohérent. Alors je suis allée explorer cette blessure. J'ai avancé, mais la souffrance aussi. Le rejet est arrivé. Classique, là encore... je suis allée explorer. Avec le rejet, il y a eu cette notion de rejeter la vie parce que finalement ma propre vie avait été rejetée. Se posait alors la question de la reconnaissance de cette dernière. Comment la reconnaître moi-même ? Comment me valider ? Je suis allée explorer.


Je peux vous dire que je me suis retroussée les manches. Ça prend du temps. Ça m'a pris du temps parce que la guérison n'est pas linéaire. Et puis il y a quelques mois quand j’ai eu suffisamment avancé, le puzzle s'est construit sous mes yeux. L'abandon, le rejet, le refus de s'incarner, d'accord... mais en réalité se cachait une autre vérité. Et c'est ce lien qui me l'a montrée.


Ma naissance, mon abandon, sont le fruit du rejet du vivant au profit de la structure. Du dérangement de l'ordre établi. Et c'est exactement ce que j'ai revécu en miroir dans cette relation.


Cette réflexion-là est, pour moi, au cœur de ce que non seulement je dois apporter à ma vie mais aussi de ce qu'il y a à transmettre me concernant. Parce que cela va bien au-delà de mon histoire, au-delà du lien, au-delà des propres changements de ma vie, j’y ai trouvé quelque chose de profondément sociétal. Le sacrifice du vivant pour l'existant.


On nous a appris à penser le monde comme un plan. Des lignes droites, des cases immuables, une structure fixe. On regarde la société, nos familles, nos institutions et nos histoires comme s'il n'y avait aucun vivant là-dedans, au sens de fluctuant. Comme si tout était coulé dans le béton.


Quand une structure ne convient plus nous ne pensons qu'à deux options s'y soumettre ou tout casser. Nous oublions une troisième voie, pourtant évidente, la structure peut changer de forme. Parce qu'à l'origine, elle est faite de chair, d'émotions et d'énergie. Elle est faite de vivant. En refusant cette souplesse nous sacrifions l'humain au profit de l'existant.


Sous mes blessures se cachait en réalité un mécanisme bien plus froid : l'effacement.


Dans ma naissance sous X, pour préserver un ordre social, un secret de famille ou une réputation, on a créé un vide juridique et humain. La structure a dit "pour que l"édifice tienne cet enfant ne doit pas exister dans l'arbre." On a figé le passé, verrouillé les secrets. Le vivant, un bébé, qui a une histoire a été nié pour que la structure ne soit pas ébranlée.


Dans le lien, face au tsunami de vérité que ce lien exigeait, la structure, les certitudes, le confort, le schéma de vie bien rangé s'est rigidifiée. Au lieu de se laisser transformer par le vivant c'est la sécurité qui a été choisi. Et pour que la structure ne s'effondre pas, il a fallu effacer.


Pourquoi cette rage à vouloir tout figer ? Parce que nous vivons dans une société qui a une peur bleue du mouvement. Au fond je ne pense pas que nous ayons peur de ce que nous ressentons. Notre nature sait gérer l'intensité de la vie. Ce qui nous terrifie, ce sont les conséquences de ces ressentis dans le monde rigide que l'on a construit. Alors pour éviter les vagues, on choisit la solution la plus radicale on ne ressent plus. On coupe le courant.


C'est là que s'installe une illusion perverse on croit que tant que le mensonge est invisible, la structure est sauvée. C’est un leurre total. Le mensonge crée toujours le chaos même s'il est souterrain.


Ma famille biologique a posé un secret. Ils continuent leur vie, ils n'ont pas vu mes souffrances. Pourtant le chaos a bien été là dans la recherche de mes origines, dans le fait que je porte le poids de ce non-dit. Pour le lien sous la persuasion d'avoir préservé la sécurité. C'est un chaos lent qui s'installe en soi parce qu'on ne préserve pas une structure en y enfermant un fantôme. On ne vit pas avec ce qui est vivant en soi en faisant semblant d'être pleinement présent ailleurs. C'est invisible, certes. Aucun mur ne s'écroule. Mais c'est injecter une comédie humaine et un vide affectif.


Les partisans du statu quo croient que ne rien bouger est à coût zéro. C'est faux.


Pourtant faire évoluer une structure ne veut pas dire tout faire exploser. Notre éducation binaire nous fait croire que c'est soit le moule soit le chaos. C'est faux et c'est là que je m'insurge sur les années de conditionnements de notre société.


Quand l'amour s'éteint la structure classique exige le sacrifice ou la guerre du divorce. Pourquoi ne pourrait-il pas rester uni, solidaire et aimant pour ses enfants, sans pour autant rester un couple conjugal ? La structure peut changer de forme sans que le lien ne meure. Mais on ne nous a pas éduqués à cela.


Si, dès l'enfance, on nous éduquait au vivant, notre rapport au changement serait totalement différent.


Nous saurions quitter avec gratitude, sans cruauté.

Nous saurions être quittés sans nous sentir niés en comprenant que c'est la forme de la relation qui s'arrête pas notre valeur.

Nous saurions exprimer.

Nous saurions être dans notre vérité.

Nous saurions assumer.

Nous saurions suivre notre coeur.


Le vivant sait se réadapter. L'eau change de forme selon le récipient, elle devient glace ou vapeur mais elle reste de l'eau. Les arbres perdent leurs feuilles mais ne meurent pas. Il est temps de désapprendre le béton pour réapprendre la plasticité.


Cessons d'avoir peur du changement de forme. La réinvention, quitter, sortir du mensonge n'est pas une rupture c'est le signe suprême que nous sommes en vie. Et il est temps, enfin, de laisser la vie circuler.


Pour conclure quand la vie vient bousculer la structure c'est que la structure était déjà devenu trop étroite pour le vivant qui l'habite.

© 2016 JUSTCALLMELUCIE

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