PLUS JAMAIS JE NE SERAI UN SECRET
- 17 avr.
- 3 min de lecture
On parle souvent du concept des flammes jumelles comme d'une théorie. On en connait les rouages, les termes techniques, les étapes, j'en ai d'ailleurs fait état plusieurs fois sur mon blog, mais cela reste souvent déconnecté de la réalité brute. Pour cette raison cela reste pour beaucoup au stade du concept parce qu'on peine à voir ce qu'il traite concrètement au plus profond de l'être.
Aujourd'hui et depuis plusieurs années déjà j'écris aussi pour sortir de cette abstraction. Je veux vous montrer à travers mon propre corps et ma propre identité ce que ce lien a provoqué. Ce qu'il est venu chercher comme zone d'ombre de mon histoire pour les mettre en lumière. Cet article n'est donc pas une théorie mais le récit d'une métamorphose concrète.
Pendant un peu moins de quarante cinq ans je me suis appelée Anne-Lucie.
Ce prénom était une façade et aussi ma prison. Sans en connaître le pourquoi au fond de moi je l'ai toujours su.
Le "Anne" était le prénom de ma mère adoptive. Le sceau imposé de ma loyauté, la marque de ce qui devait être ma gratitude. Un prénom sensé dire au monde : "Regardez je suis intégrée, je suis aimée, je ne suis plus une énigme." Un prénom qui surtout signifiait "j'appartiens à". Derrière ce prénom il y avait une petite fille née sous X qui s’était habituée à vivre dans une crypte intérieure (la fameuse crypte vous vous souvenez qui peut être liée à un défunt mais aussi à un secret) persuadée que pour être acceptée elle devait finalement rester une ombre. Parce que de celle du X elle était passée à celle d'une autre.
Pendant des années, j’ai attiré le secret. J’ai accepté des places de seconde zone. J'ai exercé un métier lié à l'invisible ... Je ne croyais pas que c’était ma nature, je ne comprenais pas le sens de ce que je vivais, ce destin, qui en fait n'était pas le mien dans la manière dont je le vivais mais celui que je m’imposais. Je m'excusais d'exister rasant les murs de ma propre vie.
En novembre dernier j'ai écrit au CNAOP ( Conseil National pour l'Accès aux Origines Personnelles) pour ouvrir mon dossier et j'ai fait la démarche de supprimer officiellement le "Anne" de mon prénom. J'ai voulu rendre ce poids à la fois trop lourd et que je n'ai jamais ressenti comme le mien. J'ai voulu cesser d'être l'ombre d'une autre lignée et une ombre tout court pour devenir enfin celle que je me suis toujours sentie être Lucie.
En décembre, mois de la Sainte-Lucie, Sainte qui porte la lumière, la réponse est tombée. Officiellement, légalement, je suis devenue Lucie. Ce n'était pas de la "paperasse". C'était un exorcisme. En reprenant mon nom (prénom en l'occurence) j'ai repris mon droit à exister, à ne plus être cachée. Celui de ne plus être une option. Je ne suis plus un secret et je le ne serai plus jamais peu importe la situation.
Mais je crois que ce qui a été le plus bouleversant pour moi c'est de réaliser que tout était déjà écrit.
À ma naissance, sous le sceau du X, le personnel de la maternité m'avait donné deux prénoms, deux prénoms pour l'état civil : Sandrine Claire.
Sandrine, l'étymologie de la cendre. Claire, la lumière. Il m'aura fallu cette expérience pour traverser mes cendres et rejoindre la clarté. Tout était là, dès la première minute, dans le silence de ma naissance.
Mon destin n'était pas d'être cachée mais de faire jaillir la lumière du milieu des décombres.
Je m'appelle Lucie. Plus jamais je ne serai un secret.


