"JE T'ACCUSE"
- 8 juin
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J'anticipe tout esprit chagrin ou étriqué avec cette mise en garde je n'ai plus de temps à perdre. Avant que vous ne commenciez la lecture de cet article je ne dis évidemment pas que le fait de rester ensemble ou divorcer détermine l'existence de violences sexuelles. Je n'accuse personne au sens individuel mais au sens sociétal. Je questionne les mécanismes de silence et les injonctions qui sont susceptibles d'empêcher de protéger les plus vulnérables. Les violences sexuelles prospérant plus facilement dans un système où le silence, la honte et le sacrifice de soi sont valorisés.
Toutes les 3 minutes un enfant est victime de violence sexuelle en France.
Le meurtre abominable de Lyahnna a soulevé une vague d'indignation totalement légitime. On pointe du doigt la justice, sa lenteur, sa tendance, qui est plus qu'une tendance, à fermer les yeux sur les pédocriminels. C'est un combat juste et nécessaire. Oui des sanctions doivent être prises.
Aujourd’hui je suis en colère mais pas uniquement contre les institutions. S'arrêter à la justice c'est à mon sens regarder le problème avec un œil fermé.
Quand on sait qu'un enfant est agressé toutes les 3 minutes en France on comprend que ce n'est pas seulement un problème de tribunaux c'est un immense problème de société. Oui de société !
Posons-nous les vraies questions ?
Que faisons-nous en tant que citoyens ?
Ouvrons-nous assez les yeux ?
Observons-nous assez les signes ?
Croyons-nous vraiment la parole des victimes lorsqu'elles osent parler ?
Soyons honnêtes combien de familles étouffent des affaires pour "protéger" un prédateur par déni ou par honte ?
Que faisons-nous pour éduquer nos enfants ?
Que faisons-nous concrètement pour soutenir les victimes ?
La justice doit changer c'est une certitude. Mais notre regard, nos silences et nos lâchetés collectives aussi. C'est tout notre système à chaque échelle qu'il faut revoir.
Il ne faut pas oublier que le premier rempart défaillant est souvent la cellule familiale et l'entourage.
Si demain toutes les plaintes qui arrivent sur le bureau d'un juge étaient traitées combien arriveraient ?
Alors oui aujourd’hui je suis en colère et pas seulement contre la justice. Contre des années de conditionnements.
Si j'aborde le sujet ici avec vous c'est parce justement il entre en grande résonance avec ce que je traite depuis des années maintenant les notions sacrificielles, les traumas, les secrets, les non-dits.
En effet pour comprendre pourquoi tant d'affaires restent dans l'ombre il faut analyser les mécanismes profonds du trauma et du transgénérationnel. Pour protéger réellement les enfants et les adultes qu'ils deviendront plus tard il me semble qu'en 2026 il est grand temps pour certain.es. d'entre nous d'avoir le courage de remettre en question une notion pourtant sacrée : qu'est-ce qu'une famille ?
Trop souvent la structure familiale est définie par la dette, le devoir et des règles rigides héritées de génération en génération. On grandit bercé par des injonctions inconscientes. "On ne dit pas", "On ne fait pas", "Il faut laver notre linge sale en famille".
Ce sont précisément ces obligations de loyauté mal placées qui créent des espaces verrouillés où germent les pires secrets. La famille devient alors un poids, une prison dorée par le déni et la honte plutôt qu'un refuge. Combien de familles étouffent l'innommable pour "protéger" un prédateur ou un secret pour préserver la façade ?
Une véritable famille ne devrait pourtant pas se définir par les liens du sang, ça ne les remet pas en cause, ou l'obligation de se taire. Elle devrait se définir par la bienveillance et la sécurité.
La bienveillance et la sécurité qu'est ce que c'est ? Certainement pas le mythe destructeur de la "famille unie à tout prix".
Ce dysfonctionnement prend racine encore plus haut dans le rapport même des adultes entre eux et dans cette injonction sociétale tenace "Il faut absolument rester ensemble pour protéger les enfants".
Évidemment les violences sexuelles ne s'expliquent jamais par une cause unique et c'est un sujet d'une grande complexité mais si nous voulons les prévenir nous devons avoir le courage d'interroger les mécanismes qui rendent la parole impossible et entretiennent le silence tant chez les victimes que certain.e.s spectateurs (le mot est laid pardon je n'arrive pas à en trouver un autre).
En effet cette phrase peut devenir l'un des maillons d'une chaîne de traumatismes. C'est elle qui empêche de partir, qui empêche de parler. C'est elle qui fait croire à tort que quitter un conjoint serait une défaillance parentale.
En réalité c'est tout l'inverse. Rester dans un foyer en fermant les yeux sur ses besoins ce n'est pas protéger les enfants c'est leur apprendre à tolérer ce qui n'est pas bon pour soi parce que oui dans un couple et dans une sociéte il y a un soi. C'est leur transmettre l'idée que le sacrifice de soi et le silence valent mieux que la rupture.
Il est urgent à mon sens de déconstruire ce modèle. Un couple et une famille ce n'est pas la même chose. Des parents séparés ne peuvent-ils pas former une famille solide ? La fin d'un couple ne devrait jamais signifier la fin de l'équipe parentale.
Qu'est-ce qui protège vraiment un enfant ? Est-ce le fait de vivre sous le même toit que deux parents qui se détruisent, s'auto détruisent ou détruisent les autres, ou est-ce le fait d'évoluer dans un environnement stable même s'il est séparé ?
Parfois protéger c'est partir montrer le respect de soi et des autres. Parfois la plus grande preuve d'amour et de bienveillance que l'on puisse donner à ses enfants c'est de couper les ponts avec la toxicité, de briser le contrat du silence et de leur montrer qu'on a le droit de dire stop.
C'est changer de logiciel pour les générations futures.
En effet ce rapport à l'obligation se transmet ensuite aux enfants de manière inconsciente, on leur apprend à subir pour préserver le groupe. C'est tout ce système d'éducation, pensé sur des dizaines d'années, qu'il faut, à mon sens, revoir.
Nous devons apprendre aux enfants la liberté au sens le plus équilibré du terme. Cela signifie leur apprendre le consentement, l'esprit critique, et leur faire comprendre qu'ils ont le droit de dire "non" même à un adulte, même à un membre de leur famille. Ils doivent savoir que leur parole a de la valeur et qu'elle sera crue.
Tant que nous éduquerons nos enfants dans le culte du secret et du respect aveugle des aînés au détriment de leur propre sécurité nous laisserons la porte ouverte à l'horreur. Il est temps de redéfinir la famille pour qu'elle devienne ce qu'elle aurait toujours dû être : un espace de protection absolue, libéré du poids des silences complices.
NB: Il est fascinant de voir comment la pression a changé de camp. Hier le mariage était une institution indissoluble, économique et religieuse on n'avait tout simplement pas le choix de partir. Puis la société s'est modernisée, le divorce s'est démocratisé et nous avons enfin obtenu le droit de quitter une union malheureuse. Mais là encore le piège s'est refermé différemment. On a alors troqué l'obligation légale contre une obligation morale celle de la parentalité "parfaite". Aujourd'hui on a le droit de partir mais la culpabilité sociale nous fait croire que le faire c'est détruire l'enfant. Pourtant la sociologie moderne est formelle ce n'est pas la séparation qui traumatise un enfant, cela ne signifie pas que c'est facile sur le moment, c'est le conflit permanent, la tension, la violence du silence et les environnements insécurisants. En restant à tout prix on n'offre pas un refuge à l'enfant on lui impose une fiction toxique. Au final l'enfant et l'individu ne sont jamais privilégié. Et privilégier l'individu ne veut pas dire faire n'importe quoi, vivre dans une anarchie complète, il est grand temps d'évoluer surtout quand on voit le nombre de personnes en souffrance psychologique.
ps : le titre est en référence à la chanson de Suzane.
50000 à 55000 plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs par an 160 000 agressions. Qui sait et se tait ? Combien d’enfants n’osent pas parler par honte et culture du silence ? Dans l'immense majorité des cas le poids du secret familial, la peur des représailles, le déni de l'entourage font que l'alerte n'est jamais donnée à la justice.


