LA CONSCIENCE CETTE CONSTRUCTION
- Lucie
- il y a 3 heures
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On entend souvent parler de la conscience comme d’un point d'origine perdu. Quelque chose d'antérieur à nous. Un état premier auquel il faudrait revenir en se dépouillant, en se déconstruisant, presque en s'effaçant.
Au demeurant ce que l'expérience m'a fait comprendre est l'inverse. La conscience est peut-être là avant nous, oui, comme un fond, un champ, une possibilité mais pour la rencontrer en nous et pour la toucher dans l'infiniment petit il faut passer par un chemin paradoxal celui de la construction.
On ne revient pas à l'origine en retirant. On y revient en construisant.
L'humain avance vers l'expansion, vers le devenir, vers la complexité. Il bâtit une identité, une histoire, une trajectoire et c'est ce mouvement même lorsqu'il est mené sans tricher (!) qui permet au point originel de se rendre sensible. La conscience originelle ne se trouve pas derrière le chemin elle apparaît lorsque la construction devient suffisamment juste (!) pour la laisser passer.
Il est courant d'entendre dans de nombreuses mouvances spiritualistes que la conscience serait rare parce que l'humain serait trop construit. Trop d'identité. Trop de moi. Comme si devenir quelqu'un éloignait nécessairement du point originel. Cette idée au fond oppose la conscience à la forme, l'origine au devenir et le fond à la construction. Elle suggère qu'il faudrait revenir en arrière, se dépouiller, se dissoudre pour retrouver ce qui aurait été perdu.
Cette opposition à mon sens repose sur une erreur fondamentale. Ce qui éloigne la conscience n'est pas la construction mais la construction fausse.
L'humain est un être de construction il ne peut pas ne pas se construire. Lui demander ça est lui demander de cesser de vivre. Il se construit dans un corps vécu, une continuité, une identité, une manière d'habiter le monde. Au final même le refus de la construction est encore une construction. Il n'existe pas d'humain "pur", non construit, qui vivrait un accès direct à la conscience.
La question n'est donc pas de savoir s'il faut construire ou non mais à partir de quoi construit-on ?
La conscience, si elle existe comme fond universel, comme champ préalable, ne se donne donc ici jamais sans forme. Sans forme, elle est diffuse, insaisissable. La conscience ne se rencontre donc pas hors de la forme mais à travers une forme suffisamment juste. Là où la distance apparaît c'est qu'une grande partie des constructions se bâtissent sur les traumas non intégrés, les peurs premières, les attentes héritées, les identités compensatoires ou encore les stratégies de survie psychique.
Ces constructions ne sont pas fausses au sens moral. Elle sont adaptatives. Elles permettent de tenir, de fonctionner, de survivre. Elles ont une caractéristique essentielle elles ne sont pas orientées vers la vérité de l'expérience mais vers l'évitement. Or une construction orientée vers l'évitement ne rapproche pas de la conscience elle organise une distance. Produit un moi solide mais opaque. Un moi capable de fonctionner dans le monde mais incapable d'y laisser passer le fond. La conscience n'y est pas dissoute ou inexistante elle est recouverte. Recouverte par des couches de protection, de récit, de justifications qui ne sont jamais traversées.
À l'inverse un humain qui a retrouvé son axe véritable hors des couches évoquées précédemment ne se ferme plus j'ai presque envie de dire ne se contracte plus. Il vit, il traverse, il assume ce qui le constitue réellement (!) et dès lors la construction devient précise. Le point de conscience apparait. Non pas comme un retour en arrière. Non pas comme une illumination extérieure. Mais comme une présence intime au coeur même du mouvement. Il est immanent au devenir lorsqu'il est vécu sans tricher.
C’est pourquoi la conscience semble rare. Non pas parce qu'elle est réservée à quelques élus mais parce que beaucoup s'arrêtent là où la forme devient suffisamment stable pour survivre mais pas suffisamment vraie pour devenir "transparente", accessible serait peut-être plus juste. Elle est arrêtée au seuil du réel ne pouvant pas apparaître à travers une forme qui se protège de la vie.
De fait le véritable chemin ne serait pas de déconstruire sans fin mais de construire vrai. Ce qui rapproche la conscience est une forme qui ne ment plus.
Le moi est un outil, la conscience ne le supprime pas elle l'habite.


