POURQUOI LA DÉSYNCHRONISATION ? {THE 🗝️} #5
- Lucie
- il y a 6 heures
- 2 min de lecture
La différence de rythme est certainement l'un des aspects les plus déroutants du lien c'est pourquoi je ne me vois pas ne pas aborder le sujet dans cette série d'articles.
Elle est souvent mal comprise, vécue comme une injustice, parfois même comme une preuve d'échec ou de déséquilibre affectif. Pourtant ce décalage n'est ni accidentel ni pathologique. Il est structurel, inscrit dans la mécanique même du lien.
Attention comprendre cette différence de rythme n'est pas chercher à la corriger.
On y va.
Les deux personnes concernées par le lien ne sont pas identiques ! Elles ont des structures psychiques et émotionnelles différentes. L'une dispose d'une perméabilité émotionnelle forte, l'autre d'une structure de protection plus rigide c'est cette polarisation qui crée naturellement une différence de rythme. L'une ressent très tôt, l'autre met du temps à ressentir mais lorsqu'elle ressent c'est souvent irréversible.
Il ne s'agit donc pas ici d'un retard mais d'une autre manière de traverser l'expérience.
En effet une erreur fréquente consiste à interpréter le décalage comme un déséquilibre affectif.
C'est faux. Le tempo intérieur est dicté par la charge transgénérationnelle, les blessures d'attachement, les pactes de loyautés invisibles, la peur de perdre une identité construite sur la survie.
La personne qui semble ralentir ou fuit porte souvent une mémoire, parfois inconsciente, qui rend le mouvement intérieur plus risqué pour son mental. Avancer trop vite pour elle équivaut à perdre des repères vitaux. Ce n'est pas un refus c'est une tentative de préservation psychique.
De plus ce décalage est, j'ai envie de dire, indispensable. S'il n'y avait pas cette désynchronisation rien ne serait remis en question. Les zones d'ombre resteraient intactes. Le lien resterait confortable mais superficiel. La différence de tempo crée une tension, une frustration, une mise à nu progressive et force chacun à se regarder l'un dans sa tendance à "sur-aimer", anticiper, porter et l'autre dans sa tendance à éviter, contrôler, dissocier. Elle est le levier qui empêche la stagnation.
Le "plus rapide" n'est donc pas en avance. Il semble avancer plus vite, mais c'est très différent de l'être (en avance), parce qu'il traverse la douleur en premier, la désillusion, le travail de dépouillement intérieur.
C'est très différent de l'être parce que cette avance est trompeuse. C'est la plupart du temps la personne qui a ralenti, résisté, fui, qui vit ensuite un basculement plus radical, plus profond et plus stable.
Il faut vraiment retenir que le rythme n'est pas une course mais une successions de seuils intérieurs. C'est la clé.
En réalité la douleur n'est pas causée par le décalage lui-même mais lorsque l'un attend que l'autre change pour aller mieux. Je vous accorde que l'expression aller mieux est légère, guérir est sans doute plus juste mais le terme ne me convient pas véritablement non plus, transcender et conscientiser. Il est un espace de maturation.
L'alignement ne se produit pas quand l'un "rattrape" l'autre mais quand la résistance est tombée, la lutte a cessé et l'identité de survie s'est desserrée des deux côtés. Ce moment est intérieur et silencieux mais il marque un changement profond. Les rythmes ne s'opposent plus ils se reconnaissent. Lorsque la différence cesse de faire souffrir elle cesse aussi d'être un obstacle.


