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LE BRUIT DE NOS SILENCES

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Me voici avec un nouvel article dans la continuité des deux précédents, j'ai vraiment ce besoin de continuer d'exposer le fruit de ma pensée, que cette dernière soit vraiment entendue au sens d'entendre mais aussi et surtout de comprendre.


Quand on regarde notre histoire on réalise une vérité éclatante, chaque droit que nous possédons aujourd'hui, chaque liberté qui nous protège, existe uniquement parce que quelqu'un, un jour, a refusé de se taire. Les droits des femmes, le droit de vote, la justice pour les travailleurs, plus anciennement l'abolition de l'esclavage, la fin de l'apartheid ... rien n’a été donné spontanément. Tout a été arraché en brisant un silence imposé. Le droit commence là où le silence s'arrête.


Pourtant la plupart d’entre nous passons notre vie à nous taire, prisonniers d’un mécanisme profond qui nous apprend, petit à petit, à éteindre notre propre voix.


Cette habitude de s'effacer commence dès l'enfance au cœur même de la famille. C'est pour ça que j'insiste tellement ces derniers temps sur cette notion parce que je le vois dans mon histoire personnelle mais aussi chez tant d'individus. C'est là que l'on reçoit nos premières leçons de mutisme souvent déguisées en marques de politesse. "Sois sage et tais-toi", "les enfants ne parlent pas aux adultes", "tu es trop petit pour comprendre". On enseigne depuis des générations à l'enfant que sa parole dérange, qu'elle a moins de valeur que celle des autres. Plus grave encore le silence est souvent utilisé pour maintenir une fausse paix à la maison. Pour ne pas faire d'histoires, pour protéger les parents ou pour cacher ce que l'extérieur ne doit pas savoir. On apprend à étouffer ses propres émotions, ses peurs et ses blessures. C'est le début du silence de soi. Cette double peine où l'on finit par croire que pour être aimé et accepté il faut accepter de disparaître un peu.


Ce piège amorcé à la maison est ensuite renforcé par l'école et le monde social. La classe est le premier endroit où le silence devient une règle industrielle. On y apprend à s'aligner, à attendre qu'on nous donne la parole, et surtout, on y découvre la peur du ridicule et le poids du regard des autres. Pour ne pas être rejeté on rentre dans le moule, on cache ses différences, on garde ses révoltes pour soi. Le conditionnement devient alors tellement parfait qu'à l'âge adulte, la société n'a même plus besoin de nous forcer à nous taire. Nous le faisons tout seuls.


Le silence de soi n'est plus une punition qui vient de l'extérieur il est devenu une petite voix dans notre tête qui censure nos pensées avant même qu'elles ne sortent de notre bouche. On se surprend à dire "c'est comme ça, on n'y peut rien", transformant notre résignation en un consentement muet.


C'est ce conditionnement de fond qui explique un grand paradoxe de notre époque (et pas que de la nôtre) nous voyons régulièrement éclater de grandes révoltes, de grands cris collectifs dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Ces cris sont nécessaires, ils font bouger les lignes et arrachent des lois. Mais si on y regarde de plus près, ces explosions ne sont que des réactions d'urgence.


On attend que la cocotte-minute sociétale soit prête à exploser pour que le cri sorte enfin. Le problème c'est que tant qu'on ne laisse pas la voix circuler librement dans le microcosme, dans nos familles, nos couples, nos cercles proches, nous serons condamnés à devoir crier de plus en plus fort pour changer les choses une par une, superficiellement.


C'est à la racine qu'il faut couper le mal mais c'est précisément ce que la plupart des gens refusent de faire. En effet il est beaucoup plus facile de participer à un grand cri collectif, anonyme et ponctuel, que d'accepter de libérer la parole autour de sa propre table de cuisine ou au bureau. De reprendre sa vérité, sa liberté, le droit à l'expression de soi.


Le grand cri contre le système ou les autres n'engage à rien individuellement. En revanche, laisser s'exprimer sa voix en montrant ainsi l'exemple à son enfant, accepter que certaines vérités viennent bousculer notre propre confort et notre petite autorité, cela demande un courage immense. Cela exige une remise en question intime que la majorité d'entre nous préfère fuir.

Oser briser le silence, ce n'est pas seulement descendre dans la rue c'est aussi oser parler et laisser l'autre s'exprimer là où nous avons le pouvoir de le faire taire.


On fait souvent du silence une qualité, on dit qu’il est reposant, qu’il est le propre des gens sages ou le signe d'une paix intérieure. Mais il y a un autre silence, beaucoup plus invisible et destructeur, qui s'est installé au centre de nos vies. Ce silence-là n'est pas une pause, c'est une cage.

© 2016 JUSTCALLMELUCIE

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