LES VERROUS OU LE PRISME DE LA PEUR {THE 🗝️}
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Dernière mise à jour : il y a 2 heures
Le récit des flammes jumelles est souvent raconté à travers l'amour et la reconnaissance. Il contourne beaucoup ou essaie de rendre romanesque ce qui se passe au milieu. Cependant ce qui bouleverse est bel et bien ce qui lâche à l'intérieur guidé par une émotion primaire : la peur.
En effet ce lien agit comme un révélateur brutal. Il fait sauter des verrous psychiques qui, jusque-là, permettaient de tenir une vie cohérente. Quand ces verrous cèdent, la peur surgit. Non pas parce que quelque chose va mal mais parce que les anciennes protections ne suffisent plus.
Les peurs rencontrées dans ce parcours ne sont ni mystérieuses (hormis si l'on évoque les vies antérieures mais ça n'est dans cet article pas le sujet), ni anormales. Elles sont humaines et apparaissent lorsque plusieurs mécanismes de régulation cessent de fonctionner en même temps.
C’est une désorganisation intérieure temporaire.
Beaucoup tiennent leur vie grâce à la maîtrise. Anticiper, organiser, décider, contenir. Dans ce lien, cette capacité se fissure. Rien ne se laisse planifier. Aucune décision ne clôt réellement le processus. Quand ce verrou saute la peur est immédiate. Peur de perdre la main sur sa trajectoire.
Peur de ne plus savoir quoi faire pour que ça cesse.
D'autres ont appris à ressentir sans être submergés. À compartimenter. À rester fonctionnels. Ce lien traverse cette cloison ne laissant plus les émotions rester à distance et les faisant passer par le corps. L'intensité devient difficile à réguler la peur ne vient alors pas de l'émotion elle-même mais de son débordement.
Chacun se construit une histoire pour tenir. Ce qui est possible, ce qui ne l’est pas, ce qui ne sera jamais remis en question. Le lien fissure ce récit. Des choix passés deviennent fragiles. Des désirs anciens remontent. Des certitudes tombent et la peur apparait. Celle ne plus savoir qui l'on est sans le récit qui soutenait l'existence.
Avant, le temps avançait clairement. Passé, présent, futur. Dans ce parcours le temps se brouille.
Le passé se réactive. Le futur obsède. Le présent se fragmente. La peur qui s'installe alors est celle de rester coincé dans un entre-deux, sans fin ni résolution.
La plupart des relations reposent sur des repères clairs. Réciprocité visible, engagement défini, validation extérieure. Ici ces repères vacillent. Le lien peut exister sans cadre stable, parfois sans contact, sans reconnaissance explicite ce qui ramène à une peur fondamentale : comment aimer sans garantie ?
La société quant à elle offre des grilles de lecture. Ce qui est normal. Sain. Compréhensible. Ce parcours sort de ces grilles. Il devient alors difficile d’en parler sans se sentir jugé, minimisé ou pathologisé ce qui peut amener une peur d'exclusion, de rejet, celle de ne plus appartenir au récit collectif.
Le mental de son côté aime croire qu’il peut tout comprendre, expliquer, résoudre or ici analyser ne calme pas. Décider ne ferme rien. On ne peut plus se sauver par la pensée et ça, ça peut être extrêmement anxiogène.
Enfin il existe un verrou plus profond encore : celui des fidélités inconscientes ou conscientes d'ailleurs ! Fidélité à la famille, à la lignée, à des histoires où aimer librement était dangereux, interdit, puni ou ont laissé des traumas. Cette peur là est archaïque et elle agit comme une résistance intérieure tenace difficile à expliquer ou non selon si l'on est conscient ou pas.
Vous l'aurez compris quand ces verrous cèdent, les peurs se multiplient. Peur de tomber malade.
Peur de perdre la raison. Peur de s’être trompé. Peur de détruire ce qui existe. Peur d’aimer trop fort. Peur d’être seul. Peur de rester bloqué. Peur que tout ce sens s’effondre un jour. Peur que la vie redevienne simplement ordinaire ...
Ces peurs ne sont pas des erreurs de parcours et comprendre que des verrous sautent change profondément la lecture de l’expérience. Il ne s'agit plus de "tenir bon" ou de "guérir". La peur n'est pas l'ennemi. Elle est le signal qu'un ancien mode de fonctionnement ne suffit plus.
Nommer ce qui se passe permet de retrouver de l’ancrage et de comprendre que ce que les verrous protégeaient jusque là empêchaient les personnes concernées de vivre pleinement.
Et c’est souvent à partir de là que quelque chose de plus stable, pas sous une forme d'illusion, peut se reconstruire.


