TRANSFORMATION INTÉRIEURE
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Il y a une illusion tenace sur la transformation de soi : celle qui associe le changement à une rupture spectaculaire, une forme de réinvention totale. Comme si changer radicalement était nécessairement l’acte ultime d’émancipation.
Mais ceux qui ont réellement traversé une transformation intérieure le savent : le changement n'est pas un arrachement. Il est un retour.
Un retour vers l’axe. Un retour vers l'originel. Ce qui, en soi, n'a jamais trahi la vérité intérieure même si ça a été enfoui, oublié par des années de compromissions ou de fidélités muettes.
Notre époque valorise l'idée de "renaissance". Elle adore les récits de métamorphoses fulgurantes. C’est le fantasme de la table rase. Mais ce fantasme est piégé.
Le danger de certains discours spirituels contemporains est justement là : dans la confusion entre transformation et chaos comme si l’un ne pouvait exister sans l’autre. On célèbre les coupures franches, sèches, les départs brusques, les pertes totale d’identité comme des preuves de lumière. Mais il est possible et souvent plus exigeant de se transformer en continuité. Là est à mon sens la lumière véritable synonyme de conscience.
Quitter une structure établie, un couple, transformer, renoncer à certaines formes ne veut pas dire tout rejeter. Cela peut se faire sans heurt, sans fracas, sans animosité. On peut changer de forme sans renier le fond. Ce n’est pas une trahison. C’est un réajustement intérieur qui finit par avoir des conséquences visibles. C’est la voie du pardon actif, du désengagement conscient où l'on dépose l'ancien non parce qu'il est mauvais mais parce qu'il ne contient plus la vérité présente.
Reconstruire, ce n'est pas faire autre chose. C'est faire depuis autre chose.
Et ce "depuis" est crucial. Ce n'est plus l'ego qui tient le gouvernail, ni la peur, ni la culpabilité c'est l’axe, la verticalité. Le centre. On ne change pas ce que l'on fait on le change d’où on le fait. Rien ne change si je ne reviens pas à la source de ce que je suis.
Cette traversée du feu intérieur n'exige pas la guerre mais l'intégrité. Aimer, c’est cesser de se trahir dans la reconnaissance pleine de ce qui a été et dans le choix de ne plus continuer au nom d’un passé devenu inaligné. C'est se redonner à soi.
C’est peut-être là la grande bascule spirituelle : passer du don sacrificiel à la présence incarnée. Laisser tomber les rôles : la victime, le sauveur, le bourreau. Elle demande de regarder dans les yeux la vérité nue.
Il y a quelques années dans l'article "40 ans : offrir ma vie à Jésus" j’évoquais une phrase intérieure reçue : "Laisses-tu suffisamment d’amour avec ton passage sur terre ?".
À l’époque je n'en ai pas saisi la profondeur. Je l’ai comprise comme une invitation à donner davantage, à être encore plus présente pour les autres.
Aujourd’hui je sais que cet amour-là parlait d’abord de moi. De l’amour que je me devais. De la nécessité de cesser de me sacrifier au nom de l'amour. Un amour biaisé. De mettre fin à certaines scissions intérieures, à certaines loyautés silencieuses.
S'aimer, ce n'est pas se refermer. C'est se réintégrer. C'est arrêter de se quitter pour rester aimable. C'est rendre à l’amour sa vérité et non sa fonction réparatrice.
Aimer, ce n'est pas tout supporter. Ce n’est pas rester au prix de soi. Ce n'est pas se taire pour maintenir la paix.
Ce chemin-là n'est ni spectaculaire, ni héroïque. Il est sobre. Mais il est profondément conscient.
Et peut-être que laisser de l’amour sur terre, ce n’est pas tant ce que l’on donne aux autres que ce
que l'on ose enfin ne plus s'enlever à soi-même. Peut-on offrir ce que l'on ne possède pas ?
Ce que l'on croit devoir briser parfois ne demande pas à être fracassé, comme je le disais plus haut. Ça veut dire savoir que l’on doit le faire, même si c’est nu, même si c’est lent, même si personne n’applaudit. Ce n'est pas agréable. Mais ce n'est pas ce qu'on croyait. Il n’y a pas de champ de ruines s'il y a de la conscience. Il n’y a pas de destruction s’il y a de l’intégrité. On ne détruit pas en quittant un rôle et en retrouvant son axe. S'il doit y avoir une destruction c'est seulement l’illusion que tout allait bien.
Parce que rester quand on sait c’est ça la vraie trahison. C’est nourrir un mensonge silencieux au nom de la paix. Mais une paix bâtie sur l’oubli de soi n’est pas la paix. C’est une anesthésie.
Paradoxalement ce sont précisément ces choix qui devraient rassurer. Parce qu’ils montrent qu’on peut reconstruire sans se perdre. Qu’on peut sortir de la lourdeur, de la tiédeur, du sacrifice silencieux, sans entrer dans la violence.
En conscience.


