DE SOI ON NE PEUT PAS S'ENFUIR
- Lucie
- 27 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
"De soi on ne peut pas s'enfuir"
Cette phrase peut résonner telle une lapalissade pour autant est-elle vraiment si limpide dans notre vécu ? Quoiqu'il en soit c’est comme ça que j'ai compris que malgré mes fuites et mon déni de moi-même j'existais.
On peut tenter de fuir le monde, les autres, les situations, les attachements. On peut même tenter de se fuir soi-même par le déni, par la distraction, la dispersion, la survie mais de soi on ne s'échappe jamais.
La fuite n'abolit pas l'existence elle la confirme car ce qui est fuit est déjà là. On ne fuit pas ce qui n'existe pas. Ce qui se nie se pose comme un sujet du refus. Même le déni est une manière d'être.
C'est dans cet écart entre le mouvement de fuite et l'impossibilité de disparaître que se révèle une vérité fondamentale : exister ne dépend ni de l'acceptation de soi, ni de la conscience pleine, ni même de l’amour de soi. On existe avant tout cela. On existe malgré soi.
Ainsi ce n’est pas véritablement en me trouvant que j'ai compris que j'étais mais en constatant que je ne pouvais pas ne pas être. L'un est une intrication de l'autre. Mes fuites loin d'effacer mon existence en dessinaient le contour. Mon déni ne me supprimait pas il attestait paradoxalement d'une présence irréductible.
Il y a là une ontologie de la résistance involontaire : le soi persiste même lorsque le sujet refuse de se reconnaître et c'est précisément cette impossibilité de s'abolir qui devient le premier socle d'une pensée de soi. Non comme une identité choisie mais comme un fait brut, indépassable.
Exister alors ce n'est pas se vouloir. C'est commencer par se constater et à partir de cette constatation parfois violente on peut commencer non plus la fuite mais la relation à soi.
Cette constatation passe par le corps, l'incarné. Le corps est la seule chose qui en réalité ne peut être nié au sens de négation physique, il existe c'est un fait et il parle. Il absorbe ce que le mental, sans même évoquer l'âme, ne digère pas.
Il absorbe ce qui n'a pas été dit. Ce qui a été trop. Ce qui été tu. Il prend tout ce qu'on a pas pu poser ailleurs : les tensions, les désirs rentrés, les absences d'amour, les gestes suspendus. Le corps ne commente pas. Il garde.
En effet il existe une faim qui ne passe pas par la bouche. Une faim affective, archaïque, primitive.
Une faim d’être vue, touchée, consolée. Une faim d’exister sans condition. Et quand cette faim est jugée, ou honteuse, ou niée, fuie, le corps apprend à compenser. Il avale à la place.
On le gave d'exigence, de culpabilité, de loyautés anciennes, de tout ce qui nous nie.
Le corps absorbe ce que l'esprit n’a pas su trier. Il prend les charges qu'on porte pour les autres.
Il ingère les conflits qu’on ne veut pas déclencher. Il serre les dents quand on ne peut pas dire non.
Et il devient lourd de non-dits, de mémoires et de peur de déranger.
Le corps prend sur lui. Pour qu'on tienne. Pour qu'on continue à fonctionner jusqu'au moment où il y a un trop. Il ne demande pas la perfection il demande la permission. De relâcher. De pleurer. D'aimer. De Vivre !
Le corps est une mémoire à entendre, une histoire qu'il faut écouter. Il est là pour que nous nous souvenions que peu importe nos dénis, nos blessures, nos traumas, notre incapacité à parfois avoir l'impression d'être : nous sommes c'est un fait qui ne peut être nié.
De soi on ne peut pas s'enfuir.


