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L’ILLUSION DE LA PAIX

  • Lucie
  • il y a 7 jours
  • 3 min de lecture

"J'ai fait ce qu'il fallait mais pas ce que j'aimais vraiment. J'ai voulu être quelqu'un de bien mais j'ai renoncé à découvrir qui j'étais."


Combien sommes-nous à avoir suivi ce chemin ? Je l'ai déjà évoqué à plusieurs reprises à demi-mots.


Alors disais-je combien sommes-nous à avoir suivi ce chemin ? Celui de la fidélité aux autres, aux attentes, aux devoirs. Celui du silence troqué contre l'illusion d'une paix intérieure n'étant en réalité "que" la paix sociale. Celui de l'oubli progressif de soi par peur d'en demander trop à la vie ou pire par ignorance de savoir ce que nous avons le droit de demander. Tout dans l'absolu. Oui nous avons le droit de tout demander.


Ce n'est pas un aveu de faiblesse. C'est une constatation lucide. Une majorité d'êtres humains avancent sans bruit en ayant perdu de vue leur pulsion vitale. Ce mouvement unique, intime, inaliénable qui pousse à créer, à aimer, à chercher sans pourquoi. Ce feu-là on ne l'apprend pas. Il est là à la naissance. On l'appelle instinct, désir, élan, appel, souffle.


Il ne faut pas grand-chose pour s'éteindre. Parfois un mot. Parfois une attente. Parfois une épreuve qui vient trop tôt, trop fort alors on choisit de se protéger. On s'adapte. On obéit. On devient ce que l'on attend de nous. Parfois même ce que l'on pense que nous attendons de nous et qui est en réalité la réponse d'un système nerveux saturé et d'un mental blessé. Et dans le miroir du monde on paraît "bien".


Mais "être bien" n’est pas "être vivant". C'est là que commence la fracture.


Pendant des années nous faisons ce que nous devons. Nous construisons, nous assumons, nous réparons même parfois ce que d'autres ont détruit. Nous devenons des sauveurs, des piliers, pour le reste du monde sauf pour nous et en secret, pas si secret, une fatigue plus profonde que la fatigue physique s'installe. Un vide discret. Une perte de désir. C'est alors que quelque chose en nous commence à mourir, lentement. Pas le corps. Mais l'élan.


On croit souvent que guérir c'est redevenir fort. C'est faux. J'ai sincèrement envie d'être aussi radicale dans mon propos. Guérir c'est redevenir poreux. C'est oser à nouveau la question : qui suis-je quand je ne suis plus en train de tenir ?


Guérir c'est retrouver l'envie de se découvrir. C'est reprendre le fil de ce qui avait été interrompu au moment du traumas, de la fracture. C'est ce moment où sans prévenir le corps tout entier dit :

je n'en peux plus de me taire.


Et dans cette fatigue quasi sacrée si elle n'était pas tant incarnée une voix intérieure se lève :

je veux vivre autrement. Je veux vivre vraiment.


Dans un monde occidental moderne qui encense la maîtrise, la conformité, la rentabilité, reprendre

sa pulsion vitale est un acte radical. Ce n'est pas fuir au contraire c'est ne plus fuir. C'est rentrer chez soi. Et cela demande du courage. Le courage de ne plus jouer un rôle. Le courage de décevoir parfois. Le courage de réentendre l'appel qu'on croyait oublié.


Alors quelque chose se remet en marche et l'on comprend que l'on n’est pas né pour plaire ni pour cocher les cases d’une vie "réussie". Nous sommes nés pour offrir au monde une présence qui ne joue pas. Qui brûle. Qui aime. Qui ose.


Nous avons le droit d’avoir eu peur mais nous avons aussi le droit de redevenir vivant. Pas parfait. Pas héroïque. Mais brûlant de nous-mêmes.


Car ce monde n'a pas besoin d’êtres sages et morts. Il a besoin d’âmes debout, vivantes.

© 2014 LJDG 

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