LA CULPABILITÉ
- il y a 1 jour
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Aujourd'hui j'ai envie de vous parler de la culpabilité vaste sujet dans les parcours traumatiques et vaste sujet tout court. Enfin vaste peut-être pas tant que ça si ce n'est par l'ampleur que ce sentiment peut occuper en soi.
Bref. Pendant longtemps j'ai cru que le travail sur soi amenait entre autre à faire disparaître la culpabilité. Je pensais qu'à force de comprendre, de guérir, de mettre de la conscience sur mes blessures il viendrait un moment où je pourrais quitter une situation, dire une vérité, poser une limite, décevoir quelqu'un, sans plus sentir ce truc intérieur qui serre ou qui grignote. Comme si la libération et de fait la liberté devait forcément ressembler à une absence totale de culpabilité.
Désormais je sais que ma vision était trop manichéenne.
La culpabilité ne disparaît pas toujours. Et peut-être même qu'elle ne doit pas disparaître complètement. Peut-être qu'un reste de culpabilité, dans certaines situations, est simplement le signe qu'on a encore un cœur. Que nous savons que nos choix touchent les autres mêmes si eux n'en ont pas toujours conscience. Que nous ne sommes pas dans une toute-puissance froide.
Ne plus jamais culpabiliser ce serait peut-être autre chose qu'être libre. Ce serait peut-être être coupé de quelque chose d'humain.
Aussi j'ai découvert que la transformation n'est pas là. La transformation c'est le moment où la culpabilité existe encore mais ne commande plus. Le moment où la peur de faire souffrir l'autre devient moins forte que la conscience de la souffrance que l'on s’inflige à soi-même en restant ou en ne disant pas.
Ce n'est pas "Je pars parce que j'ai réussi à devenir insensible et donc je me fous de ce qui va se passer après l'acte que je vais poser." c’est plutôt "Je ressens encore donc je culpabilise peut-être encore un peu mais je ne peux plus continuer à me faire mal à moi pour éviter à l'autre d'être traversé par quelque chose".
Et je crois que c'est là que beaucoup de choses basculent.
Parfois on tremble encore. On culpabilise encore. On n'imagine la peine, la colère, l'incompréhension que ça va peut-être provoquer en face mais quelque chose en nous dit enfin "Et moi, dans l’histoire ?".
Et cette phrase qui a longtemps pu sembler égoïste. Presque violente. Presque interdite. Est le début de la réparation. La notre mais aussi celles des personnes concernées parce que la culpabilité fait cacher à minima ou mentir à maxima et c'est au final bien pire pour tout le monde et pour soi parce qu’il y a cette forme de bonté sacrificielle qui devient une prison. Une empathie qui finit par se retourner contre soi.
Aujourd’hui ce que je sais c’est que je ne veux plus confondre l'amour avec l'auto-abandon. Je ne veux plus appeler bienveillance le fait de me trahir. Je ne veux plus croire que préserver l'autre justifie de me perdre moi.
Alors oui la culpabilité peut rester là comme une petite ombre devant le choix mais elle ne peut plus être le centre. Elle ne peut plus être le maître. Elle ne peut plus décider à ma place.
Parce qu'à un moment il faut bien que sa propre souffrance compte aussi.


