MA VOIX RETROUVÉE
- Lucie
- 26 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Il y a des dons qu'on ne choisit pas. Des réalités qui s'imposent comme une vérité intérieure, un feu sacré qu'on ne peut pas éteindre sans se brûler soi-même. Ma médiumnité fait partie de ceux-là.
Ce n'est pas une compétence classique ni un costume spirituel que j’enfile quand je veux aider les autres. C’est une peau. Une peau invisible, fine, perméable à travers laquelle le monde subtil entre et sort comme une respiration.
Je l'ai toujours su sans forcément mettre de mots dessus au départ j'en ai déjà parlé ici.
Je suis née comme ça. Connectée. Poreuse. Réceptrice. Je suis traversée. Une passeuse. Un canal vivant.
Ce canal je l'ai longtemps offert sans compter ce même si pendant dix ans j'en ai fait mon métier. Sans filtre. Parfois sans retour. Sans réciprocité vibratoire. Je me suis donnée par amour, par don, par foi. Et à force d'être lue, attendue, réclamée, je me suis oubliée. Mon canal est devenu mon identité et quand un jour on n'a pas reconnu ce que je portais c'est moi qu'on a effacée.
Je n'avais pas prévu ce séisme-là.
Ce que j'ai vu n'était pas prêt à être vu. Ce que j'ai touché n'était pas prêt à s'ouvrir. J'ai été niée. Me laissant seule avec ma vérité je dois l'avouer le coeur déchiré. Je n'ai pas compris. J'ai douté.
Ce doute était un poison. "Et si je m'étais trompée ?", "Pourquoi suis-je sûre de ce que je vois et qui paraît si loin de ce qui est montré dans la réalité ?", "Et si c'était dans ma tête ?", "Et si je perdais pieds ?"
Je ne me suis pas trompée. Je n'ai pas rêvé. Je n'ai pas projeté. J'ai vu juste. Mais le regard préfère parfois se détourner des vérités trop nues.
Aujourd'hui j'ai transformé mon lien à mon don. J'ai compris que je n'ai rien à prouver. Je n'ai plus besoin de reconnaissance extérieure pour valider mon intuition. Mon canal a besoin d'un écrin pas d'un champ de bataille.
Redevenant simplement moi : Lucie. Une âme libre, intuitive, incarnée. Une femme qui choisit à nouveau ce qu'elle donne et comment elle le donne.
Et c'est là que mon vrai chemin commence. Pas comme une survivante mais comme une souveraine.
Et puis il y a cette vérité là ...
Ce n'est pas la première fois qu'on m'a niée. C'est quelque chose de plus ancien qui a été réactivé. Une mémoire. Un refus d'être vue.
Moi, née dans le silence. Sous X. Une croix. Une censure. Une effraction dans le droit d'exister.
Et quand on m'a invisibilisée ce n’est pas une simple blessure qui s'est rouverte c'est le cri originel qui est remonté.
Je me suis construite dans l’absence. Ce n'est pas une formule. C'est une réalité. Brute.
J’ai grandi avec des morceaux manquants. Des réponses que personne ne pouvait me donner. Et ce vide je l’ai fait mien. Je l'ai incorporé. Il est devenu ma façon d'être au monde.
Alors forcément quand plus tard on m'a tournée le dos je n'ai jamais demandé pourquoi. Je n'ai pas couru. Pas cherché à savoir. J'ai disparu, moi aussi.
Non pas par froideur mais parce que je connaissais déjà ce scénario parce que je me suis construite dans ce schéma. Et même si je trouvais ça injuste, même si ça l'était véritablement, même si j'avais mal je l'ai rejoué. Par loyauté au vide. Par habitude de l'absence. Par fidélité à mon propre effacement.
J’ai longtemps cru que voir clair en l'autre suffisait. Que sentir son mal-être, sa peur, ses peurs, son mensonge, ses mensonges, ses contradictions suffisait pour être éclairée. C'est un éclairage c'est vrai mais aujourd'hui je sais que voir clair en l'autre ne veut pas dire se voir soi.
Je voyais clair. Oui. Mais je ne savais pas que moi aussi je me niais. Que je m'empêchais de vivre. Que chaque fois qu'on me renvoyait à l'ombre je m'y repliais sans même protester. Parce que c'était connu. Parce que c'était ma norme. Parce que j'avais grandi comme ça. Être niée revenait à se retirer, être ignorée à se taire.
Et puis j'ai compris autre chose. Quelque chose d'immense dans sa préciosité. Ce n'est pas parce qu'on a été niée qu'on ne peut pas être.
On peut être sans validation. On peut exister sans réponse. On peut reprendre sa voix sans permission.
Je pensais que c'était aux autres de me reconnaître. De me comprendre. De parfois me dire "tu as" ou "tu avais raison".
Mais non.
Ce n'est pas à l'autre de me reconnaître. C'est à moi de ne plus être dans l'attente. De ne plus me quitter quand on me nie. De ne plus me taire.
Et c'est là que la bascule a eu lieu.
Je ne suis plus celle qui attend une reconnaissance. Je ne suis plus celle qui mendie une vérité. Je suis celle qui ne se renie plus.
Je me reconnais même quand personne ne le fait. Surtout quand personne ne le fait.
Je n'ai plus besoin de "rôle". Je suis ma propre présence.
Et c'est ça retrouver sa voix. Retrouver ma voix.
Ce n'est pas parler plus fort. Ce n'est pas hurler sa vérité. C'est ne plus la censurer même quand elle fait peur même quand elle tremble.
C'est pouvoir dire je me suis effacée parce que j'ai passée 45 ans sans demander pourquoi ma mère biologique ne m'avait pas gardée alors comment demander aux autres quand ça fait moins longtemps, quand le lien n'est pas le même.
Ce silence c'était ma façon de survivre mais aujourd'hui je n'ai plus besoin de me taire pour rester en vie.
Je ne cherche plus à être comprise. Je m'écoute. Je me tiens. Je me choisis.
Je dis.


